Question au Ministre sur la politique éducative

par Jumel Sébastien

Monsieur le ministre, j’aurais aimé vous parler des écoles rurales de ma circonscription, mais j’espère que l’arrivée d’un nouveau DASEN permettra de travailler, dans un dialogue respectueux, avec la communauté éducative et nous-mêmes. J’aurais pu vous parler du diagnostic partagé que nous avons établi à Dieppe sur la situation de l’école, et des propositions que nous avons formulées, mais comme je vous ai remis en main propre un dossier à ce sujet, j’espère que vous prendrez le soin d’y répondre point par point.

Je concentrerai donc mon propos ce soir sur la réforme des lycées. J’ai le sentiment que l’école de la République est malade, et que l’ascenseur social qu’elle offrait est en panne depuis de nombreuses années. La seule question qui vaut est donc de savoir si les réformes qui s’additionnent et celles que vous proposez sont de nature à réparer l’ascenseur social.

J’ai le sentiment que non ! Selon leur patrimoine social, culturel et relationnel – celui dont Pierre Bourdieu nous a expliqué qu’il était déterminant pour la réussite des études –, j’ai le sentiment que la complexité de la réforme des lycées ne placera pas tous les parents et les enfants à égalité devant le choix des options.

Plus grave encore, j’ai le sentiment que les dotations horaires globales – DHG – des collèges et des lycées chutent. Je pense au lycée de Neufchâtel-en-Bray dans lequel deux classes sont supprimées dans la DHG, ou au collège Braque de Dieppe, collège sorti de ZEP, pour lequel la DHG nous fait craindre le pire. Je pense au lycée Pablo Neruda, à Dieppe, dans lequel trois classes ont été supprimées, ou au lycée Camille Saint-Saëns de Rouen où le proviseur a d’ores et déjà annoncé qu’il ne serait pas possible, vu la DHG en cours d’élaboration, d’assurer les enseignements de langue vivante 3 ni de latin. J’ai le sentiment que, selon l’endroit où l’on habite, selon l’endroit où l’on naît, le choix des options ne sera pas le même. Au bout du compte, la capacité des enfants et des parents de construire un patrimoine d’options constituant un socle permettant de poursuivre des études ne sera pas la même pour tous. Comment assurer l’égalité territoriale et l’égalité sociale avec les DHG en cours d’élaboration ? (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Votre question en comporte plusieurs, mais vous m’interrogez principalement sur l’objectif de justice sociale que nous poursuivons au travers des différentes réformes comme celle du lycée.

Je crois que la réforme du lycée général, à laquelle vous avez fait référence, va dans le sens de la justice sociale, en particulier sous l’angle de l’orientation que vous avez choisi de souligner. Si la situation actuelle était satisfaisante, vous le diriez, mais vos propos mêmes montrent bien qu’il faut faire évoluer les choses.

Jusqu’à présent, lorsque vous ne choisissiez pas la section S de la voie générale, de facto, après la classe de seconde, vous vous fermiez une série de portes. Il existait une hiérarchie explicite ou implicite des sections de la voie générale en France. C’est un fait. C’est pour cela que je suis très surpris d’entendre aujourd’hui des critiques affirmer aujourd’hui que nous créons une orientation précoce, alors que c’est tout le contraire. Il y aura désormais une réversibilité des choix, et des possibilités de passerelles. Une vision beaucoup moins standardisée du parcours de l’élève est possible.

Il y a aussi un effet psychologique que je considère comme très positif. En effet, désormais, on se pose, en classe de seconde, des questions qu’on ne se posait pas auparavant à ce stade. Elles venaient trop tard, par exemple à la fin de la terminale, et il en résultait des choix très aléatoires pour entrer dans l’enseignement supérieur. Aujourd’hui, je constate que des élèves de seconde s’interrogent sur les programmes d’informatique ou d’histoire en première, et sur le rapport que cela peut avoir avec ce qu’ils ont envie de faire après le baccalauréat. Ils se décident en fonction de cela. Se poser ce genre de questions, c’est précisément ce qui va améliorer la justice sociale, parce que cela oblige tous les élèves, quel que soit leur milieu social, à se poser les bonnes questions.

Si, de surcroît, comme nous l’avons prévu, plus de temps est consacré à l’orientation, et que ce temps relève d’acteurs différents, à commencer par les professeurs principaux, alors oui, nous nous donnons les moyens d’accompagner tous les élèves, quel que soit leur milieu social, vers des choix exercés dans une plus grande continuité et beaucoup mieux maîtrisés. Sous cet angle aussi, la réforme du lycée va dans le sens, non seulement de l’élévation du niveau général mais aussi de la justice sociale.