Question au Ministre sur la politique éducative

par Dufrègne Jean-Paul

Une fois de plus, les territoires ruraux sont inquiets, et l’Association des maires ruraux de France l’exprime dans un récent communiqué. Les maires dénoncent une attaque contre la proximité et refusent la concentration scolaire. Ils dénoncent le parti pris par l’État et voté par la majorité de pénaliser les jeunes ruraux et leurs familles en accentuant la concentration des écoles dans les chefs-lieux de canton.

Maire pendant quinze ans de Saint-Menoux, commune rurale de 1 000 habitants dans l’Allier, j’ai reçu de nombreux couples de jeunes qui voulaient s’y installer. La première question qu’ils me posaient concernait l’école et son environnement. « Y a-t-il une maternelle, une garderie, une cantine ? Quels sont les modes de garde que l’on peut trouver dans la commune ? » Ces éléments sont déterminants pour les choix de vie.

L’attractivité des territoires ruraux est étroitement liée aux services qu’ils peuvent offrir. Si, demain, l’école est concentrée au chef-lieu de canton, ce sera la mort des petites communes.

Des RPI existent, qui permettent de maintenir des écoles là où c’est nécessaire. Mais il n’est pas possible de penser l’école seulement au travers de schémas de mutualisation : les particularités de chaque territoire rural doivent être prises en compte. Partout, depuis des décennies, les équipes municipales qui se sont succédé, en lien avec les parents d’élèves et les enseignants, n’ont eu de cesse de construire ou de moderniser des équipements adaptés à l’éducation des enfants pour leur donner toutes les chances de réussite. Je ne pense pas que les petits ruraux réussissent moins bien que les autres, vous l’avez d’ailleurs vous-même dit tout à l’heure.

Et tout cela serait à ranger au placard ? Non ! L’école est le cœur qui bat dans une commune et quand le cœur s’arrête, c’est la mort ! Ce n’est pas ce que veulent les habitants des territoires ruraux, et ils sont nombreux à l’exprimer actuellement. Ne renforcez pas encore ce sentiment d’abandon, ce sentiment d’être oublié par la République, si largement éprouvés ! (M. Sébastien Jumel applaudit.) Nous voulons des politiques adaptées à nos territoires, et non pas des territoires adaptés à vos politiques ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. M. Régis Juanico applaudit également.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Je serais tenté, monsieur le député, de vous faire une réponse extrêmement courte, disant : « À l’exception de votre conclusion, je suis en complet accord avec vous. » (Sourires sur les bancs du groupe GDR.) En effet, à part vos toutes dernières phrases, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre ce que vous avez dit et ce que je pense : nous voulons tous deux une école rurale vivante et tonique. Vous avez mille fois raison de dire que tout ne doit pas être concentré au chef-lieu de canton, et je vous confirme que telle n’est pas notre intention. Si votre question me permet d’être plus explicite encore que je ne l’ai été, je saisis l’occasion pour redire que notre but n’est pas de procéder à des mutualisations aboutissant à dévitaliser les communes rurales. Telle n’est pas la politique suivie, comme en atteste d’ailleurs ce que je dis dans les réunions de recteurs ou de DASEN, ou ici. Partout je tiens le même discours : nous soutenons l’école rurale, tout en tenant compte des réalités démographiques. À cet égard, je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dit quant à la nécessité d’adopter des stratégies démographiques. Vous avez parfaitement exposé le raisonnement des jeunes familles, et il faut enclencher un cercle vertueux : la vitalité d’une école rurale sur un territoire incite des familles à s’installer, ce qui justifie ensuite par là même le développement de l’école concernée. Telle est la stratégie poursuivie.

Je suis d’accord avec vous aussi quand vous soulignez la nécessité de s’adapter aux particularités de chaque territoire. Chaque cas est en effet particulier : dans tel territoire, le RPI est la bonne solution, et nous savons qu’il y a bien des façons d’en mettre un en place, les choix en la matière revenant aux élus et aux communautés éducatives ; dans tel autre, notamment pour des questions de distance, mieux vaut maintenir l’école existante, même si elle n’a qu’une classe ou deux. Il s’agit évidemment de faire des choix pragmatiques et c’est la consigne. D’où cette idée de boîte à outils que j’ai évoquée : le dispositif juridique applicable en la matière doit permettre d’envisager plusieurs formules – une école et un collège, plusieurs écoles regroupées, le maintien d’une école – pour tenir compte des réalités locales.

Mais le but que nous devons poursuivre ensemble, monsieur le député, comporte sa part psychologique : nos discours ne doivent pas être des discours de désespérance. Le Gouvernement soutient l’école rurale. Dites-le autant que moi parce que cela contribuera à la solution du problème.