PLFSS pour 2019

par Dharreville Pierre

Monsieur le président, madame la ministre des solidarités et de la santé, monsieur le ministre de l’action et des comptes publics, chers et chères collègues, «c’est un beau roman, c’est une belle histoire, c’est une romance d’aujourd’hui » que vous nous racontez, mais il n’y a que vous pour y croire. Vous nous dites que c’est « sans doute un jour de chance», «alors pourquoi penser au lendemain», mais c’est bien la fonction de la sécurité sociale que de penser à nos lendemains, de les préparer, de les accompagner.
Le budget que vous nous présentez est celui d’un nouveau tour de vis. « Nous avons donné un quart de tour de moins », nous dites-vous, comme si cela pouvait suffire à nous consoler. En 2019, la sécurité sociale devra réaliser 5,7 milliards d’euros d’économies, dont 3,8 milliards sur les seules dépenses d’assurance maladie. Au total, vous avez programmé 15 milliards d’économies dans la sphère sociale tout au long du quinquennat, pour répondre à des injonctions insensées et démesurées comme seuls les marchés financiers peuvent en inventer.
Selon nous, vous prenez les choses à l’envers : vous commencez par assécher les ressources de la sécurité sociale en rétrocédant aveuglément des sommes d’argent considérables aux entreprises, ou plus exactement aux employeurs. À ce jeu-là, les grands gagnants sont ceux qui en ont le moins besoin : les plus gros. Cette année, c’est la fête au village : avec un crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – CICE – multiplié par deux, c’est la super cagnotte ! Les effets sur l’emploi seront epsilonesques et bien cher payés. «Y en a un peu plus, je vous le mets aussi ?» Mais bien sûr – avec de nouveaux allégements de cotisations patronales sur les bas salaires, que vous encouragez donc tout en expliquant que vous agissez pour le pouvoir d’achat... sans vouloir augmenter les salaires. « Ça fera 22 milliards d’euros, ma petite dame, mon petit monsieur ! »
Au passage, vous incitez à recourir aux heures supplémentaires, réponse en trompe-l’œil – vous le savez –, assortie d’effets collatéraux qui auraient dû vous dissuader. Enfin, vous annoncez la fin du principe de compensation intégrale des exonérations de cotisations par l’État, préparant ainsi, en plus de l’assèchement des ressources, un dispositif de siphonnage.
Une fois que vous avez fait tout cela, vous nous expliquez que vous n’avez pas beaucoup d’argent, et qu’il faut donc tailler dans les dépenses, à commencer par celles de l’hôpital, lequel est en train d’imploser dans tous les territoires, malgré l’engagement d’un personnel qui n’en finit plus de tirer la sonnette d’alarme. Je veux dire ici notre solidarité avec celles et ceux qui sont mobilisés à la maternité du Blanc. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.)
Bien sûr, pour faire passer la pilule, vous avez «apporté des bonbons, parce que les fleurs c’est périssable, et les bonbons, c’est tellement bon». (Sourires.) Vous promettez donc le remboursement à 100 % des prothèses dentaires, optiques et auditives de base : il procède d’une belle idée – ce n’est pas moi, adepte du « 100 % sécu », qui dirai le contraire –, mais vous voici «empatouill»s dans sa mise en œuvre parce que, comme vous avez choisi de faire proliférer les exonérations, vous comptez sur la participation des assurés par le biais de leurs cotisations mutualistes.
Pour le reste, vous y allez à la débroussailleuse et ce sont les retraités qui, pour la deuxième année consécutive, en feront les frais. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)
Avec le quasi-gel de leurs pensions, vous gagnerez sur leur dos 2,8 milliards d’euros, que vous auriez pu aller chercher ailleurs – suivez mon regard... C’est le premier étage de la réforme des retraites que vous préparez à grand renfort de slogans trompeurs : vous commencez à baisser le niveau des pensions.
L’aide personnalisée au logement – APL – et les allocations familiales font partie du même lot. Vous économiserez 800 millions d’euros sur le dos des familles, en l’occurrence les plus modestes. Vous nous parlerez du reste, vous nous ferez un numéro de bonneteau, «je le prends ici, je le mets là», mais à la fin du tour, sous quel gobelet se trouve le pouvoir d’achat ? Il a disparu !
Au fond, par ce nouveau budget de compression, vous continuez de rétrécir notre modèle social et notre service public, empêchés de s’épanouir comme ils le devraient. Vous nous dites qu’il faut désormais une protection sociale qui se contente de s’attacher aux plus vulnérables, aux plus fragiles, en demandant pour cela des efforts à celles et ceux qui le sont un peu moins. Cela peut paraître du bon sens. C’est pourtant indécent quand on voit les sommes d’argent captées par un tout petit nombre de grands propriétaires ou celles injectées dans les circuits de la finance. C’est une rupture avec notre modèle universel et solidaire, qui renvoie la sécurité sociale à un rôle de dispensaire social, alors qu’elle est faite pour garantir à chacune et à chacun le même niveau élevé de droits.
Nous avons vu au nom de quelles certitudes sont prises ces décisions, avec quel aveuglement, parfois, quel déni de réalité, souvent ; nous continuerons pourtant à faire entendre cette petite musique agaçante pour vous, enivrante pour d’autres, qui appelle à un nouvel âge pour la sécurité sociale, notre bien commun. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – Mme George Pau-Langevin et Mme Michèle Victory applaudissent.)