PLF pour 2019 - Budget Economie

par Bruneel Alain

Madame la présidente, madame la secrétaire d’État, mesdames et messieurs les rapporteurs, mes chers collègues, Emmanuel Macron avait promis, lors de la campagne présidentielle, de mettre fin à l’hémorragie d’emplois industriels. Il promettait de réunir les conditions d’une montée en gamme de notre industrie et de défendre nos intérêts industriels dans la mondialisation. Pourtant, depuis le début du quinquennat, l’industrie dans son ensemble, qui emploie au total 3 millions de salariés, continue de détruire des emplois. Selon les statistiques définitives publiées le mercredi 31 octobre par la caisse nationale du réseau des URSSAF, le secteur industriel a perdu 10 700 emplois en 2017, ce qui représente un repli de 0,4 %.

Dans le Nord et le Pas-de-Calais, 185 000 personnes travaillent aujourd’hui dans l’industrie, contre 217 000 voilà dix ans. Fermetures d’usines, départs à la retraite non remplacés, plans de départs volontaires, recours massif au travail intérimaire : l’industrie continue de se restructurer sur le dos des salariés.

Face à cette terrible réalité, face à l’inquiétude, à l’angoisse et, parfois, au désespoir des ouvriers et de leurs familles, le Gouvernement s’est fixé pour cap de « retrouver l’esprit de conquête dans le domaine économique » et de « construire un nouveau modèle de croissance reposant sur les entreprises, la compétitivité, la libération de l’économie et l’innovation » : c’est toujours le même tissu de balivernes technocratiques et de croyances futiles et erronées aux vertus de la libre concurrence et à la philanthropie des investisseurs.

Vous vous fixez pour objectif d’accroître l’attractivité de la France en réduisant toujours plus les droits des salariés, en rognant sur les salaires et en normalisant la précarité. Vous poursuivez également dans la voie du dumping fiscal afin, nous dites-vous, de « répondre aux attentes générales des entreprises en matière d’allégement de la pression fiscale qui affecte leur compétitivité » : d’où les coupes claires dans le budget des chambres de commerce et d’industrie, des centres techniques industriels et des comités professionnels de développement économique. La même logique gouverne la transformation du CICE en allégement de charges. Vous la poursuivrez l’an prochain en mettant en question les allocations chômage et le droit à la retraite.

Cette fuite en avant vous éloigne toujours plus des besoins et des attentes de nos concitoyens, qui aspirent à des politiques ambitieuses de protection de leur santé, de préservation de l’environnement et de réorientation des politiques économiques vers la satisfaction du bien commun.

Pour inverser la tendance, il faudrait stopper l’engrenage, œuvrer à l’harmonisation par le haut des normes sociales et fiscales à l’échelle européenne et à l’instauration d’un protectionnisme solidaire qui refuserait l’entrée sur le sol européen aux produits qui ne respectent pas les normes sociales, sanitaires et environnementales que nous demandons à nos producteurs.

Une politique industrielle ambitieuse implique de développer les droits d’intervention des salariés. Elle implique également de réglementer la sous-traitance et de développer la recherche et la formation, pour assurer à la fois la montée en gamme de notre industrie et des débouchés en termes d’emploi. Elle impose enfin d’augmenter les salaires et de réduire les écarts de salaire au sein des entreprises. Ce serait un puissant vecteur de soutien à la consommation, notamment de produits correspondant aux normes sociales et environnementales les plus ambitieuses.

Ce n’est pas la voie choisie. La baisse importante des moyens dévolus aux politiques de soutien aux entreprises donne le ton de ce budget, qui signe l’abandon de ces dernières aux appétits rapaces des investisseurs.

Comme l’a souligné le rapporteur, c’est la première fois que l’État consacre moins d’un milliard d’euros aux actions de développement des entreprises, au risque de freiner le développement du tissu productif français.

Autre symptôme de cet abandon : la suppression des dotations allouées par l’État à la Banque publique d’investissement pour soutenir son activité de garantie, censée pallier la frilosité des banques et la défaillance des marchés dans le financement de nos TPE et PME. Vous supprimez ainsi un important levier du développement industriel.

Je pourrais encore évoquer, en marge de la question industrielle, la suppression pure et simple du FISAC, outil pourtant essentiel au maintien du commerce et de l’artisanat et à la revitalisation des centres-villes.

Vous aurez compris que, cette année encore, nous ne pourrons approuver un budget qui sacrifie notre territoire et l’intérêt général sur l’autel de l’attractivité. (Mme Bénédicte Taurine applaudit.)